Les Bourses américaines font leur révolution
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La nouvelle règle du jeu veut que les titres soient échangés au meilleur prix. Toujours. "La réglementation a été renforcée, souligne Harrell Smith, analyste de Celent, société consultante en services financiers. Et le NYSE doit passer à la vitesse supérieure." Les petites Bourses automatisées peuvent concurrencer les géants. La compétition entre le NYSE et le Nasdaq devient plus rude. Et, du coup, les grandes places boursières ont décidé de se renforcer pour organiser la contre-attaque.
GAGNER EN EFFICACITÉ
Avec Archipelago, le nouveau NYSE Group achète une technologie plus rapide et moins chère, qui élimine à terme les intermédiaires. Ces spécialistes qui font la pluie et le beau temps sur le parquet de la Bourse n'auront plus lieu d'être. Et le NYSE y gagnera en efficacité et en rentabilité : pour l'instant, sa marge opérationnelle se cantonne a 3,4 % de son chiffre d'affaires ; celle d'Archipelago, grâce a son réseau informatique, atteint les 22 %.
Cette adoption tardive des nouvelles technologies se fait pourtant dans la douleur. "Les deux sociétés ont des personnalités totalement différentes, note Jodi Burns, une autre experte de Celent. Les représentants d'Archipelago se voient comme de jeunes entrepreneurs, innovants, à la pointe de la technique. Ceux du NYSE préfèrent le contact humain, leur bon vieux modèle." D'ailleurs, lorsque John Thain, le nouveau patron du NYSE, a révélé ses cartes, Kenneth Langone, le fondateur de la chaîne de bricolage Home Depot valeur phare de la cote boursière , également propriétaire d'un siège au NYSE, s'est révolté. Il essaie de monter une proposition concurrente de rachat du NYSE avec d'autres investisseurs. Pour l'heure en vain.
M. Langone est un vieil ami de Richard Grasso, l'ancien patron du NYSE, qui a dû partir après le scandale provoqué par la révélation de ses 193 millions de dollars en émoluments. M. Langone et M. Grasso incarnent la vieille garde. Celle qui pensait pouvoir gérer la Bourse comme un club très select. Une époque qui semble révolue, d'autant que certains courtiers du marché se sont trouvés impliqués dans des délits d'initiés.
Place donc au futur NYSE, capable d'échanger avec efficacité les titres de ses 2 600 sociétés cotées... et, grâce à Archipelago, d'étendre ses affaires. Celle-ci apporte en effet dans la corbeille de mariage de nouveaux produits financiers, tels les produits dérivés, qui connaissent une très forte croissance. Dans la foulée, Archipelago amène des volumes de transactions sur les actions cotées sur le Nasdaq : ArcaEx, sa Bourse électronique, revendiquait, en mars, une part de marché sur les actions cotées au NYSE de 2,7 %, et sur les actions cotées au Nasdaq, de 22,5 %. Et le nouveau partenaire ajoute sa souplesse horaire. Les guichets d'ArcaEx sont ouverts dès 4 heures du matin à New York, ce qui permet de répondre présent lorsque les investisseurs européens démarrent leur journée. A Londres, il est 9 heures.
Face a une telle offensive, le Nasdaq ne pouvait que répliquer avec sa propre révolution technologique. Les volumes d'échange du Nasdaq sur ses propres actions ont décliné. L'adoption de la technologie Instinet devrait permettre d'offrir aux clients de la bourse un réseau plus rapide, capable d'absorber avec aisance les grands ordres des investisseurs institutionnels. Ces derniers préfèrent d'habitude les places électroniques, moins chères. Mais le Nasdaq va essayer de les séduire avec le portail Instinet Trading Portal, conçu pour eux.
ARGENT FRAIS
Nasdaq et NYSE, les nouvelles Bourses électroniques, ont de grandes ambitions et de grands besoins. Pour investir, acheter de nouvelles structures, il leur faut de l'argent frais. D'où leur intérêt pour la cotation en Bourse de leur propre compagnie. Le très select club NYSE se contentait jusqu'à présent du statut d'organisation à but non lucratif, détenu par ses membres (banques, courtiers...).
Mais son nouveau partenaire Archipelago est coté en Bourse et lui donne un accès direct à Wall Street. En voulant embrasser ce nouveau modèle, la direction du NYSE ne fait que copier les autres Bourses. Meyer Trucker, le président du Philadelphia Stock Exchange, la Bourse régionale de Philadelphie a résumé le dilemme dans le Wall Street Journal. Il faut trouver du capital ou disparaître, a-t-il avoué. D'ores et déjà, l'International Securities Exchange Inc., spécialiste des options, est entré en Bourse cette année. A Atlanta, l'Intercontinental Exchange Inc. se dit prête à la même opération. Et le CBOT (Chicago Board of Trade) projette sa propre introduction pour le deuxième semestre 2005.
Le Nasdaq, lui aussi, se rapproche lentement de la cotation en Bourse. C'était à l'origine une émanation de l'association des courtiers américains, la National Association of Securities Dealers (NASD). Mais la NASD ne possède plus qu'un tiers des titres du Nasdaq, deux fonds d'investissement sont à son capital. Et lorsque la SEC le permettra, sans doute cette année, les titres du Nasdaq seront cotés... sur le Nasdaq.
source : Le Monde.