Comment General Motors est devenu la proie d’un raider

Publié le par Christophe

Qui aurait pu imaginer un tel scénario ? General Motors, le plus puissant groupe automobile américain, est aujourd’hui la cible de spéculateurs. Une telle idée semblait inenvisageable il y a encore peu de temps. Et pourtant, c’est le cas. Le constructeur automobile intéresse l’un des hommes d’affaires les plus agressifs des Etats-Unis, Kirk Kerkorian. Début mai, ce dernier a annoncé qu’il entendait porter sa participation de 3,9 % à près de 10 % du capital du  constructeur de Detroit, en rachetant 28 millions d’actions pour environ 870 millions de  dollars. On peut imaginer qu’il espère aussi réaliser, à terme, une belle plus-value. Le défi est de taille. Certes, GM est mal en point. Le cours de l’action a perdu 30 % depuis le début de l’année. Les ventes s’amenuisent de mois en mois et les pertes se creusent. Au premier trimestre, les seules activités automobiles ont été déficitaires à hauteur de 1,3 milliard de dollars, à comparer à un bénéfice de plus de 400 millions un an plus tôt. La part de marché de GM outre-Atlantique a reculé en un an de 26,3 % à 25,2 %. Rien ne semble pouvoir ralentir cette érosion d’autant que les constructeurs japonais redoublent d’agressivité. Le niveau élevé des coûts sociaux aggrave la situation : GM doit assumer 10 000 dollars de dépenses de santé pour chacun de ses employés. Voilà un peu plus d’un mois, la presse américaine se demandait même si le fleuron de l’industrie automobile américaine ne devait pas subir une sérieuse cure d’austérité, évoquant même la suppression de 20 000 emplois. Sur le plan du marketing, le groupe a d’ores et déjà annoncé qu’il ne conserverait plus que deux marques généralistes sur huit, Cadillac et Chevrolet. Les six autres se spécialiseront sur des segments de marché. Enfin, sanction suprême : la dégradation de la dette de la société au rang de junk bonds (« obligations pourries ») par les agences Fitch et Standard & Poor’s. C’est dans ce contexte que Kirk Kerkorian est passé à l’offensive. Officiellement, il ne s’agit que d’une opération  purement financière. Pourtant, en devenant le premier actionnaire du groupe, il pourrait faire entendre sa voix et devenir l’interlocuteur privilégié de Rick Wagoner, le président de GM.
Parie-t-il sur une hausse brutale du cours de l’action General Motors ? Veut-il provoquer la  cession de certains actifs ? Certains pensent à Gmac. Le bras financier de GM est évalué entre 22 et 25 milliards de dollars. Soit plus que la capitalisation boursière de General Motors,  limitée à 17,8 milliards de dollars. « Le duo Kerkorian-Wagoner peut désormais avoir une grande influence aux Etats-Unis, explique Patrice Solaro, analyste chez Keppler Equities. On peut imaginer qu’ils essaieront de trouver un accord avec l’Etat fédéral qui reprendrait à sa charge une partie du fardeau des coûts sociaux. » Si c’est le cas, Ford et Chrysler ne  manqueraient pas d’emboîter le pas. Kirk Kerkorian pourrait alors se flatter d’avoir participé à l’indispensable mutation de l’industrie automobile américaine.

source : Le Figaro.

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Publié dans Actu des marchés

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