Greenspan trop proche de la Maison Blanche ?
![]() | S'il est souvent reproché à la Banque centrale européenne (BCE) son indifférence aux problèmes et aux souhaits des gouvernements européens, la Réserve fédérale américaine (Fed) et son président depuis dix-sept ans, Alan Greenspan, sont a contrario accusés de complaisance envers l'administration Bush. La Maison Blanche est si satisfaite de M. Greenspan et craint tant le vide après sa succession qu'elle souhaite, malgré son âge (79 ans), le maintenir en place encore quelques mois après l'arrivée à échéance de son poste d'administrateur, le 31 janvier 2006. |
S'il reste à la tête de la Fed jusqu'au 11 mai 2006, M. Greenspan deviendra alors le président au plus long mandat de l'histoire. Pourtant, cette perspective est critiquée. D'abord, elle prolonge encore l'incertitude sur le nom de son successeur. Ensuite, cela peut être perçu "comme un nouveau signe de l'érosion des barrières qui existent entre la banque centrale et le gouvernement", estime Thomas Schlesinger, directeur de Financial Markets Center.
Le rôle politique de la Fed et de son président tient pour une part aux missions même de la banque centrale américaine. Celle-ci ne doit pas seulement assurer comme la BCE la stabilité des prix mais aussi soutenir l'activité. Elle est responsable devant le Congrès, où M. Greenspan vient tous les six mois se justifier. La coordination entre les politiques du gouvernement et de la Fed est permanente et d'autant plus aisément que M. Greenspan et le vice-président Dick Cheney sont des proches depuis longtemps.
La Fed a joué ainsi un rôle décisif pour permettre au pays de surmonter les chocs des dernières années, de l'éclatement de la bulle Internet à la récession de 2001, en passant par les attaques terroristes, deux guerres et les scandales comptables à Wall Street. Elle a ramené le loyer de l'argent au jour le jour à 1 % cela n'était pas arrivé depuis 1958 et l'a maintenu à ce taux pendant un an jusqu'en juin 2004, en dépit d'une croissance de 5 %, de l'envolée des prix du pétrole, de tensions inflationnistes et du gonflement de la bulle immobilière. Mais la Fed entendait s'assurer que le marché de l'emploi était reparti, facilitant au passage la réélection de George Bush, selon ses détracteurs.
En fait, M. Greenspan privilégie depuis toujours la croissance à la rigueur monétariste, ce qui lui vaut le reproche de laisser se développer les bulles. En janvier 2004, il le reconnaissait implicitement : "Notre stratégie consiste à s'occuper des conséquences de l'apparition des bulles plutôt que des bulles elles-mêmes." Il a toujours choisi de soutenir la conjoncture, quitte à colmater ensuite les brèches créées par le trop-plein de liquidités.
Contrairement à ce que ses discours ambigus pourraient laisser croire, M. Greenspan est tout sauf un dirigeant de banque centrale orthodoxe. Républicain, nommé en août 1989 par Ronald Reagan, il a travaillé en harmonie avec l'administration démocrate Clinton pendant huit ans et vantait sa discipline fiscale. Mais il a subitement changé d'avis après la première élection de George Bush en 2000. Le patron de la Fed a alors donné son aval à une première baisse massive d'impôt. "Avec le soutien de Greenspan, les dernières objections se sont évaporées", écrivait alors Bruce Bartlett, un économiste conservateur.
Quand M. Bush a voulu de nouvelles fortes baisses d'impôts en 2003, le budget était déjà lourdement déficitaire. Mais le président de la Fed ne les a pas vraiment contestées.
Aujourd'hui, le même M. Greenspan estime qu'il sera presque impossible de réduire le déficit budgétaire après 2008 quand la génération du "baby boom" commencera à prendre sa retraite. Devant le Congrès, il a qualifié le déficit attendu cette année (427 milliards de dollars, environ 4 % du produit intérieur de brut) d'"insoutenable". Il s'inquiète d'une politique budgétaire qu'il n'a cessé de soutenir depuis quatre ans ce qui lui vaut des remarques acerbes des parlementaires démocrates. Car le déficit est lié avant tout à la faiblesse des recettes fiscales.
Celles-ci ont représenté en 2004 16,3 % du PIB américain, leur niveau le plus faible depuis 1959, à comparer à 21 % en 2000 quand le budget dégageait un excédent. Selon une étude du Center on Budget and Policy Priorities (Centre sur le budget et les priorités politiques), une organisation non partisane, les baisses d'impôts ont contribué pour 48 % au trou budgétaire et les dépenses supplémentaires pour la sécurité et la défense pour 37 %.
source : Le Monde.
