Renaissance japonaise
Cliquez sur PLAY pour écouter l'article.
Dans le silence boursier d'un lendemain de Noël, Tokyo a sauté une nouvelle barrière. L'indice de référence de la Bourse japonaise, le Nikkei 225, a dépassé les 16.000 points pour la première fois depuis cinq ans. Depuis le début de l'année, il a progressé de 40 %. Seules ont fait mieux la Corée et les Bourses dopées par les matières premières dans les « pétromonarchies » du Golfe, en Russie ou en Afrique du Sud. Le Nikkei a largement surclassé les chiffres des autres grandes places mondiales. En Europe, les progressions ont été moitié moindres (de 18 % à Madrid à 27 % à Francfort en passant par 25 % à Paris). A New York, c'est la stagnation.
Ce rebond de Tokyo ne reflète pas seulement une économie qui consolide sa croissance (2,4 % estimés en 2005 par l'OCDE). L'empire du Soleil-Levant, dont on oublie trop souvent qu'il reste la deuxième puissance économique mondiale (et la deuxième capitalisation boursière de la planète), sort de cette terrible mécanique à broyer les perspectives qu'est la déflation. Même en forte hausse en 2005, la Bourse de Tokyo vaut tout de même 60 % de moins qu'il y a quinze ans ! Les prix à la consommation ne baissent plus. Les banquiers ont enfin réussi à se libérer des créances douteuses qui les paralysaient depuis des années. Les patrons augmentent leurs salariés, qui dépensent davantage.
Dans cette embellie, la puissance des entreprises japonaises redevient plus visible. Si certains géants de l'électronique peinent à préserver leur compétitivité, à l'image de Sony, Toyota va bientôt ravir à General Motors le rang de premier constructeur automobile mondial. Malgré ses archaïsmes, qui ont incité son président à démissionner la semaine dernière, la Bourse de Tokyo va peut-être même devenir ce champ d'opportunités qui fait les belles OPA et les envolées de cours dont raffolent les investisseurs. Cela suppose que les vieux réflexes protectionnistes finissent par disparaître. Ce n'est encore pas gagné : l'adoption d'une loi en juin dernier contraignant la plupart des filiales d'entreprises étrangères présentes au Japon à changer de statut juridique en témoigne. Le Japon qui va un peu mieux a parfois tendance à vouloir refermer la porte. Mais il n'y a jamais de renaissance sans nouvelle ouverture sur le monde.